Le loup dans la bergerie
Publié le 23 Juillet 2013
Certains, les malheureux, se sentent obligés d'aimer les chats, ces peluches ingrates possédant la souplesse d'une contorsionniste pour se laver le derrière et affichant une insupportable nonchalance sur le devant.
Pour ma part, j'ai beau essayer de faire abstraction de certains souvenirs dont l'évocation plongerait l'assistance dans un silence gêné, je n'arrive pas à ne pas m'agacer de ces minets qui viennent se frotter sans une once de retenue sur mes jambes.
Brrr.... vade retro... pouark... tu ne veux pas trouver une autre guibole steuplait? Non parce que là j'ai le coup de pied qui me démange, non vraiment t'es sur?
Je te vois venir: "oué mais tu n'as jamais eu de chat, tu ne peux pas savoir..." bah si j'en ai eu, bah si je sais, bah non je n'aime toujours pas. Mais ne t'en fais pas, je survis très bien sans eux et eux bien mieux sans moi, tout le monde est content.
Je leur préfère très largement les bons gros toutous. Pas les petits nan nan, les gros. J'ai toujours vécu avec un chien, bébé (bébé qui marche, pas nourrisson) je faisais la sieste sur le dogue allemand de la maison. Ceci fournit sans doute un début d'explication à mon gout pour les gros gabarits.
Mais mon rêve, en vrai, c'est le loup.
Pourquoi? T'es sérieux là? Vise un peu la grâce de cet animal, l'élégance de sa foulée, ses longues pattes osseuses, sa puissance, son regard... Quoi il t'en faut encore? Sa loyauté, son sens de la famille, son cri qui déchire la nuit...
Magnifique.
Alors tu penses bien que cela fait un bout de temps que les chiens-loup (pas les bergers allemands, mais les Saarloos et les Tchécoslovaques, avec autant de chien que de loup dans le sang) me tapent dans l’œil. Seulement ces hybrides (qu'il est laid ce mot) n'ont pas franchement bonne réputation, pis les enfants tout ça tout ça... je n'osais pas.
Puis un jour...
Un jour j'ai craqué.
Mon chien-loup-tchécoslovaque a fait son entrée dans ma petite maisonnée.
"Chien-loup-tchécoslovaque", que c'est long comme qualification, pis en plus c'est une femelle, comment dois-je dire alors? "Chienne-louve-tchécoslovaque"? Tu parles d'un pratique! "Louve" sinon? hum... un peu présomptueux quand même. "Chienne" peut-être? nan... trop réducteur cette fois... réfléchissement réfléchissement... "Bestiole"! ce sera "Bestiole".
Ma Bestiole a donc fait son entrée dans ma petite maisonnée.
Et je crois que l'on s'est bien trouvées toutes les deux: elle n'est pas encore bien haute, mais quel foutu caractère elle a! Vindiou la bourrique!
C'est qu'elle grogne son désaccord la Bestiole, c'est que c'est électrique entre nous!
La première semaine, les temps de repas furent particulièrement agités, à qui dominera l'autre. Le jeu du plus impressionnant, du plus autoritaire, du plus têtu... j'ai gagné (pour l'instant), mais non sans mal et non sans ruse.
Une autre étape fut celle de la Guerrière pour qui aimer c'est porter. Pas du tout du gout de ma grondante Bestiole... et là encore, la ruse, la corruption furent mes outils. Il me fallut constamment armer ma Guerrière d'un petit sachet de croquettes qu'elle distribua à qui mieux mieux parmi nos trois chiens.
"Maman! ze crois que ça y est, elle m'aime ta Bestiole, regarde elle me suit tout le temps, ze crois qu'elle veut être à moi maintenant, on a qu'à dire que c'est Ma Bestiole ok? ça marche?"
Mais bien sur...
